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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 21:29

Voilà, il y a 2 mois, j'ai perdu mon père. Si si, je vous assure, je l'ai perdu. En fait, je suis pas sûre de l'avoir perdu, car quelque chose que l'on perd, on peut toujours le retrouver.... Alors comment puis-je dire...

Je me décide à enfin écrire ! J'avais peur... peur de vous faire fuir, peur de vous attrister, peur de vous faire pitié. Mais êtes-vous seulement capable d'imaginer ce que je ressens. Non, je ne pense pas. Alors le mieux, c'est peut-être encore de vous le dire.

Cela fait tellement longtemps que je cherche comment vous expliquer que non je ne vais pas bien, non la douleur n'est pas passée, non 2 mois ça ne va toujours pas mieux... Et quel meilleur moyen que l'écriture, enfin une chose que je gère.

Voilà, il y a 66 jours, vers 10h30.... mon téléphone a sonné.... 3 fois... je n'ai pas répondu car à ce moment précis je n'avais pas envie d'être embêté. Bizarre car pas du tout mon habitude. Peut-être avais-je senti que je n'étais pas encore prête à m'effondrer.

La 4ème fois.... j'ai répondu. "Juliette, c'est ton père, il s'est pendu"

Encore aujourd'hui quand je vous l'écris, je n'y crois pas. Je n'arrive pas à concrétiser cette pensée. Je n'arrive pas à faire s'assembler ces mots. Aucun n'est fait pour aller avec l'autre...  Non, voilà ce que j'ai simplement envie de répondre "non merci je ne suis pas intéressée" Mais seulement voilà, mon corps ne me laisse pas le temps et réagi avant même que ma tête ne se connecte.... mon corps s'effondre sous le poids de l'anéantissement.... un vide... un creux.... un trou tout simplement. Mon corps hurle. Je n'y peux rien, un cri jaillit de ma gorge, quoi que j'en pense, mon corps hurle à la douleur.... mon corps accumule une puissance dont moi-même je n'avais pas conscience. Allongée au sol.... mon corps gît comme une masse qui se raidi de façon régulière. Impossible de lui faire entendre raison. Il a bien compris lui ce qu'il se passe. On vient de l'amputer... on vient de le mutiler.... cette nouvelle raisonne dans mon corps alors que ma tête n'a pas encore pris conscience de la merde qui me tombe dessus. Mon corps tremble, il a déjà froid, il sent déjà le vide autour de lui. Plus jamais tu ne le reverras......

J'ai dû vite reprendre mes esprits. La dure réalité de la vie fait que non, nous ne pouvons pas pleurer les êtres que nous aimons comme le feraient les animaux.... Non nous n'avons pas le droit de nous enfouir durant plusieurs semaines.... non.... non....

Les jours d'après furent sans pitié. Serrer des mains, dire merci aux gens, jouer aux enfants tristes.... alors qu'à ce moment même je n'étais qu'un foetus renfermé sur lui-même voulant simplement retourner dans le ventre de sa mère et y rester durant 9 mois.....

J'aurais pû tuer des gens, oui j'aurais pû.

Les nuits furent les pires.... tel un enfant revivant ses découvertes de la journée sous forme de cauchemards, j'ai revécu les plus beau moments de ma vies à ses côtés avec le même déchirement à chaque réveil... c'est fini. J'ai tenté de ne plus dormir... mais penser n'est pas non plus une bonne idée. Comment, pourquoi, oui mais, et si... Finalement l'épuisement a eu pitié de moi et il s'est attaqué à mon corps... à coup de bâton il m'a battu, battu, assomé...

Le temps nous aide il paraît.... C'est faux, le temps vous aide, mais moi, il ne me rend pas mon père. Vous avez l'air d'aller mieux chers amis. Vous ne pleurez plus, vous ne me demandez plus si je vais bien, vous avez l'air d'avoir repris le cours de votre vie, vos projets vont bon train, vous n'avez plus cette petite étoile compatissante dans l'oeil quand vous me croisez... vous me demandez de nouveau si ça va, car vous n'avez plus peur de la réponse, j'ai bien appris à répondre oui n'est-ce pas... Vous n'imaginez plus "si c'était vous" car ce n'est pas vous... vous ne vous dites plus que vous devez profiter des gens que vous aimez car vous avez déjà oublié qu'un jour on peut tout perdre. Bref, vous avez repris goût à la vie.

Et bien, pour cela je vous remercie. Merci de me montrer que la vie, ben ça vaut la peine, merci de me montrer à quel point, un père, c'était bien, cela m'aide à me rappeler à quel point le mien était parfait. Merci de me montrer où se trouve l'amour, car ayant perdu une grande source de cet amour, je dois aujourd'hui trouver d'autre source. Merci tout simplement de réagir aussi simplement car il n'y a pas de secret.... le temps finira par m'aider à accepter la souffrance... ou pas...

A mon père, qui m'a donné cette force, ce courage, ce caractère... je t'aime !

 

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